« Publier plus, d’accord. Avec quelle équipe ? »
Dès qu’on parle d’apparaître dans les réponses des IA, la consigne tombe : il faut publier davantage.
Presque personne ne le peut : l’équipe est celle de l’année dernière, le budget aussi.
Cette conversation, on la refait à peu près toutes les semaines, et elle s’arrête toujours au même endroit : le seul levier qu’on propose est précisément celui que personne n’a les moyens d’actionner.
Le levier n’est peut-être pas le volume. Ce que les pages citées par les IA ont en commun, c’est leur fraîcheur.
7 683 pages avec leur date. Allons voir les dates.
Elles ont quel âge, les pages que les IA citent ?
Trois sur quatre ont moins d’un an. Sur 7 683 pages citées, 75 % avaient été mises à jour dans les douze derniers mois — 47 097 citations relevées sur ChatGPT, Gemini et Perplexity entre mars et juin 2026 R.
Le travail vient de Seer Interactive, une agence américaine de marketing digital.
Les questions posées ne contenaient aucun nom de marque, autour de quatre entreprises : un distributeur d’articles pour animaux, une plateforme de location de vacances, un fournisseur d’électricité et une banque commerciale. Seules les pages citées au moins trois fois ont été retenues.
Les dates viennent de trois endroits : ce que la page déclare elle-même, le , et les en-têtes de réponse du serveur.
La date de dernière modification, autrement dit, c’est simplement la trace du dernier passage de quelqu’un sur la page.
Une précaution tout de suite : Seer vend aussi des prestations de mise à jour de contenu. Une maison qui vend des refontes vous expliquant que les refontes marchent, c’est le boulanger qui recommande le pain au petit-déjeuner. Les comptages sont de première main, mais la direction de la conclusion est un peu teintée.
Près d’un tiers du « récent » était du vieux réécrit
Voilà le passage qui change ce qu’on fait lundi matin.
Les auteurs ont isolé, parmi les pages mises à jour dans l’année, celles dont la première publication remontait à deux ans ou plus.
Ce groupe de réécritures pèse 27 % chez Gemini, 28 % chez ChatGPT et 28 % chez Perplexity. En croisant les secteurs, il n’est jamais descendu sous 26 %.
Plus d’une page « récente » sur quatre, donc, n’est pas un article neuf. C’est un vieil article que quelqu’un a maintenu en vie.
La même forme revient par un autre chemin. Sur les 4 124 pages où la date de publication et la date de modification étaient disponibles :
- à la date de modification, 72 % tombent dans l’année
- à la date de publication d’origine, 42 %
Les mêmes pages, une date de lecture différente, et 30 points d’écart.
Cet écart, c’est exactement la matière réécrite, passée du côté récent de la ligne.
Les auteurs le résument ainsi : la fraîcheur que récompensent les LLM se fabrique par la mise à jour et non par la publication. Un LLM (grand modèle de langage) est la mécanique qui tourne dans ChatGPT ou Gemini, et ce qu’elle lit, c’est la version du jour de la page, quelle que soit la date de sa mise en ligne.
Bouger la date d’une page que vous possédez déjà vous place donc dans le même sac qu’un article tout neuf. Quand la chaîne de production est plafonnée, cette porte-là est nettement plus réaliste.
Par où commencer : ce qui n’a pas bougé depuis trois ans
La distribution a une queue très raide :
- mis à jour dans l’année : 75 %
- dans les deux ans : 88 %
- dans les trois ans : 93 %
Trois quarts la première année, plus de quatre-vingt-dix pour cent au bout de trois. Ce qui traîne au-delà est, en pratique, sorti de la distribution d’où viennent les citations.
L’ordre de priorité se range tout seul : d’abord ce qui n’a pas été touché depuis trois ans, et touché sur le fond.
Ouvrez votre sitemap, triez vos pages principales de la plus ancienne à la plus récente par date de modification, et vous avez la liste des candidates avant midi.
En dessous, il y a des nuances. La part des citations provenant de pages mises à jour dans l’année était de 78 % chez Gemini, 73 % chez ChatGPT et 65 % chez Perplexity.
Perplexity laisse donc 13 points de plus à l’ancien que Gemini. La fraîcheur ne serait pas un interrupteur que les trois IA actionnent avec la même force : elle ressemble plutôt à l’une des conditions pour revenir dans la distribution.
Jusqu’où peut-on s’appuyer sur ces chiffres ?
C’est une corrélation. Personne n’a tiré au sort des pages, mis la moitié à jour et comparé les deux groupes, donc l’effet propre de la mise à jour reste hors de portée ici.
La date de modification n’a pu être récupérée que sur les deux tiers environ de l’ensemble, et du tiers restant on ne sait rien.
Le fournisseur d’électricité pèse lourd dans l’échantillon, le point de départ tient en quatre entreprises, et aucune n’est votre catégorie.
Seer n’a pas rédigé de section sur les limites de l’étude : ces réserves-là sont donc les miennes, pas les siennes.
Ce que j’aimerais surtout vous éviter, c’est la version où la date affichée bouge et le texte reste. Ce que l’étude observe, ce sont des pages dont la date a bougé parce que le corps a été réécrit. Retouchez l’horodatage seul et le modèle lira toujours l’argumentaire de l’an dernier, habillé de cette année.
listez vos pages principales par date de modification avant de planifier les suivantes
Il y a moins à faire qu’on ne croit. Prenez les dix pages au centre des sujets sur lesquels vous voulez être nommés, notez leur date de dernière modification à côté, et remontez depuis la plus ancienne — tout ce qui dépasse trois ans en premier.
La seconde chose est une question de cadrage. Considérez la mise à jour de vos pages comme la part que vous pouvez vraiment déplacer, parce que la même étude signale aussi que 2 % environ des contenus cités seulement sont des pages appartenant à la marque.
Le reste appartient à des tiers. Votre rythme de mise à jour n’allait de toute façon jamais remplir la place à lui seul : bougez la moitié que vous tenez, et traitez l’autre moitié comme un chantier à part, avec son propre plan.
Je me trompe peut-être sur ce qu’on peut tirer de quatre entreprises et du jeu de données d’une seule agence. Ce que je maintiens, c’est l’utilité du tri : il coûte une heure et il montre quelles pages ont vieilli sans que personne ne regarde.
Que les IA aillent chercher des pages récentes se voyait déjà dans l’étude publiée par Seer en 2025, avec 65 % dans l’année — on en parlait dans pourquoi ChatGPT cite surtout des pages de moins d’un an. Ce que celle-ci ajoute, c’est l’issue de secours : une réécriture vous fait passer du côté récent sans écrire d’article neuf.
Alors avant de remplir le calendrier du trimestre, allez trier celui de l’an dernier.